mercredi 26 août 2026

ËTRE RESOLUMENT MODERNE, UN ADIEU SELON ARTHUR RIMBAUD. - Illustration musicale :

Rimbaud n’entend pas “moderne” au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Sa formule « Il faut être absolument moderne », placée à la fin d’Une saison en enfer, est une phrase-sismographe : elle enregistre un basculement intérieur, une rupture avec les illusions, et une manière nouvelle d’habiter le monde. Ce n’est pas un slogan progressiste, ni optimiste, c’est une phrase amère ; le linguiste et penseur, Henri Meschonnic, explique que cette formule n’est pas une injonction que Rimbaud se donne, mais une pression extérieure, un impératif social qui s’impose à lui. Il s’agirait d’une acceptation forcée du monde moderne, presque une résignation ; Arthur Rimbaud, revenu de tout, constate que la modernité est un culte auquel il faut se sacrifier — non par enthousiasme, mais parce que le monde l’exige que ce n’est pas “être nouveau” car cela est ce qui appartient au temps présent avec les bénéfices des progrès récents, et enfin à ce qui adopte le goût ou/et les formes de l’époque, le conventionnel pour le tout à chacun, il s'agit de dépasser l’ancien sans s’y complaire. Les analyses de Jean-Luc Steinmetz, spécialiste d'Arthur Rimbaud montrent que Rimbaud ne confond pas absolument pas la modernité et la nouveauté car ce qui l’intéresse, c’est le dépassement, le mouvement, l’arrachement à ce qui est figé. Arthur Rimbaud n’est pas un “moderne” au sens esthétique des normes, il est un homme de l'avant garde, celui qui quitte, celui qui brûle les étapes, celui qui refuse les académies ; ce qui sous-entend d'être au monde contemporain autrement. Pierre Brunel, Dotoli, annonce "la modernité" d'Arthur Rimbaud comme non symboliste, elle est une traversée de l’Histoire, un refus des légendes, un refus du christianisme, une affirmation d’autonomie, c’est se libérer de toutes les transcendances, de toutes les autorités, de toutes les illusions ; c'est aussi l'annonce d'une destruction et une reconstruction du langage et dans les Illuminations c'est un travail : rupture des images, fragmentation, abstraction, fusion d’éléments hétéroclites, une recherche de l’inconnu par des moyens objectifs. Arthur Rimbaud est un véritable innovateur car il reinvente la langue, parce qu’il la pousse jusqu’à l’inconnu. Dans son époque « Il faut être absolument moderne », pour Arthur Rimbaud c'est accepter le monde tel qu’il est devenu, même si cela fait mal. Le poète Arthut Rimbaud refuse les anciennes superstitions, les vieilles beautés, les vieilles transcendances, il s'agit pour lui de traverser l’Histoire sans mythologie, sans consolation, d'inventer un language poétique nouveau, inédit, capable de d'exprimer l’inconnu, de s’arracher à soi-même, à ses illusions, à ses anciennes croyances. Ce n’est pas un programme esthétique, ni un appel au progrès ; c’est une phrase de sortie, une phrase d’adieu, une phrase de lucidité qui se trouve précisément dans le poème 'Adieu' qui est s’articule avec “Un soir, j’ai assis la beauté sur mes genoux…” et voilà ce qui annonce la disparition du poète. Le poète Arthur Rimbaud n'a jamais revendiqué une recherche pour appartenir au temps présent, ni de vouloir se fondre dans l'adoption de la pensée, des goôts ou/et les formes consensuelles de son époque, le conventionnel pour le tout à chacun, dés lors il n'était absolument pas moderne car de par sa voyance et le travail de son oeuvre, il fait preuve, par excés de lucidité, d'un absolutisme hors-norme pour une noble, voir sainte, rebellion, et sons le mot sédition qui au final serait salutaire pour l'humanité. - Christian-Edziré Déquesnes. - ADIEU d'Arthur Rimbaud : L’automne déjà ! — Mais pourquoi regretter un éternel soleil, si nous sommes engagés à la découverte de la clarté divine, — loin des gens qui meurent sur les saisons. / L’automne. Notre barque élevée dans les brumes immobiles tourne vers le port de la misère, la cité énorme au ciel taché de feu et de boue. Ah ! les haillons pourris, le pain trempé de pluie, l’ivresse, les mille amours qui m’ont crucifié ! Elle ne finira donc point cette goule reine de millions d’âmes et de corps morts et qui seront jugés ! Je me revois la peau rongée par la boue et la peste, des vers plein les cheveux et les aisselles et encore de plus gros vers dans le cœur, étendu parmi les inconnus sans âge, sans sentiment… J’aurais pu y mourir… L’affreuse évocation ! J’exècre la misère. / Et je redoute l’hiver parce que c’est la saison du comfort ! / — Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations en joie. Un grand vaisseau d’or, au-dessus de moi, agite ses pavillons multicolores sous les brises du matin. J’ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J’ai essayé d’inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J’ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! Une belle gloire d’artiste et de conteur emportée ! / Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan ! / Suis-je trompé ? la charité serait-elle sœur de la mort, pour moi ? / Enfin, je demanderai pardon pour m’être nourri de mensonge. Et allons. / Mais pas une main amie ! et où puisser le secours ? / Oui l’heure nouvelle est au moins très-sévère. / Car je puis dire que la victoire m’est acquise : les grincements de dents, les sifflements de feu, les soupirs empestés se modèrent. Tous les souvenirs immondes s’effacent. Mes derniers regrets détalent, — des jalousies pour les mendiants, les brigands, les amis de la mort, les arriérés de toutes sortes. — Damnés, si je me vengeais ! / Il faut être absolument moderne./ Point de cantiques : tenir le pas gagné. Dure nuit ! le sang séché fume sur ma face, et je n’ai rien derrière moi, que cet horrible arbrisseau !… Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes ; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul./ Cependant c’est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle. Et à l’aurore, armés d’une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes. / Que parlais-je de main amie ! Un bel avantage, c’est que je puis rire des vieilles amours mensongères, et frapper de honte ces couples menteurs, — j’ai vu l’enfer des femmes là-bas ; — et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps. - avril-août, 1873.

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