AUX ROBES DE RIMBAUD - "Les inédits de Rimbaud, c'est nous !" (Louis Scutenaire).
lundi 27 juillet 2026
TROIS JOURS MEURENT... ...LAISSE TOMER, à Kurt Cobain, de Christine Dainville . - Illustration musicale : "Rape Me" (2002) de Nirvana.
Trois jours meurent. / Nul ne sait./ Sauf toi, Amour./// Tu mentiras. / Comme toujours, / Amour. / Trois jours de crachin gras, / De chagrin las. / Amour moisi. / Seul avec la bleue / Et mon fusil, / Dans cet appentis gris. /// Mille vains combats. / Masques traîtres. / Ambivalence. / Des millions de galettes. / Adulation. /// Mais toi, Amour, / Ambition ou trahison ? /// Tu dis qu’un sang de flétan / Court dans mes veines trouées. /Les poissons ne sentent rien, / C’est bien connu. /// Munich début mars, puis Rome. / Overdose. Saturation. / Laisse tomber. /// Dis-moi Amour, Cette lettre froissée, / Abandonnée sur le sol. /// Illusion ? /// À Boddah, imaginaire. / Des mots tracés, / D’une main déchue. / La mienne ? /Chimère tardive, décalée. / Écrire pour mentir à Boddah / Mon miroir, mon ennui, mon dépit. / L’affronter sans me disloquer. /// Fracture de l’âme. /// L’angoisse glisse en moi et se noie. / Je coule, le temps coule autant. / Embraser l’allumette humide sous la peau. / Ce bout de soufre qui souffre mal ou mieux. /// J’enlace ma belle bleue./ Bride son cou mince. / Touche son ventre lisse. /// Cordes rauques. / Cordes sensibles. / Cordes pincées, doigts précis. / Cordes frottées, caresses coulées. / Accords interdits, incisifs. / À corps offert, à corps perdu, / Accord enfui, à cœur ouvert. /// Elle s’emballe, chauffe, hurle / Son désir, mon plaisir, un rire fou. / Je l’effleure. / Elle frémit, pétille, crépite à l’envi.
Brûle à l’envers. Enfer et contre moi. / Contre addiction. /// Tessiture aiguë d’un glissando agressif,/ L’annulaire bagué de métal noir. /// Le son mauve. / Instable. / Ivre. /// L’âme du monde / Gicle d’un bend acide. / Jus sombre et toxique. / Extase brutale. / Un coup part. / Détruit l’espace. / Le fusil. / C’est toi Amour ? /// Ma belle bleue tombe, / Une Fender Mustang. / Morte. / Moi aussi. /// Pourquoi la porte est-elle fermée ? / De l’extérieur ? / Qui a la clef ? / Amour ? /// Laisse tomber. - de Christine Dainville.
dimanche 26 juillet 2026
ANTONIN ARTAUD : "Le moine (de Lewis), paru en 1994 dans la collection "folio poche" des éditions Gallimard . - Illustration musicale : "Mr L'abbé" de Michel Polnareff.
Antonin Artaud s’est emparé du Moine de Matthew Gregory Lewis comme d’un matériau idéal pour son esthétique de la cruauté. L’essentiel à retenir : en 1931, Artaud publie une réécriture radicale du roman gothique, intitulée Le Moine, de Lewis, raconté par Antonin Artaud, où il transforme profondément l’œuvre pour en exacerber la violence, la folie et la dimension visionnaire. Artaud voit dans le roman de Lewis (1796) un chef‑d’œuvre de transgression : tentation, magie noire, visions infernales, déchéance morale. Il admire ce qu’il appelle la « sorcellerie verbale » de Lewis, cette manière de faire du surnaturel une réalité palpable. Mais Artaud ne se contente pas d’adapter : il supprime des chapitres, en réécrit d’autres, insuffle sa propre mythologie, et pousse la violence et l’atrocité « au maximal degré ». Son Moine devient une œuvre autonome, une sorte de roman‑cri, où la décomposition psychique, le sacré, la sexualité et la terreur se mêlent dans une intensité proche de ses manifestes du Théâtre de la cruauté. Artaud rêvait d’adapter Le Moine au cinéma et d’y jouer le moine Ambrosio lui‑même. Ce projet ne verra jamais le jour, mais il témoigne de l’importance du texte dans son imaginaire : fascination pour la chute d’un homme supposé vertueux, exploration de la possession, recherche d’un langage scénique ou filmique capable de frapper le spectateur comme un choc. Le Moine est le seul travail romanesque long d’Artaud. Il y expérimente une écriture qui n’est plus seulement théorique (comme dans Le Théâtre et son double), mais narrative, hallucinée, viscérale. C’est oeuvre pièce essentielle pour comprendre : son rapport au sacré, son obsession de la corruption du corps, sa vision d’un art qui doit « déchirer » la réalité. Parce qu’elle montre Artaud en lecteur démiurge, transformant un roman gothique en une expérience limite. Elle éclaire aussi la filiation entre Lewis, Artaud, le surréalisme et le cinéma de Buñuel, de Kyrou et de Moll. - Christian-Edziré Déquesnes.
vendredi 24 juillet 2026
SARTRE - BAUDELAIRE, paru en 1947 aux Editions Gallimard, collection nrf . - Illustration musicale : "L'heautontimoroumenos" de Charles Baudelaire par Morgane Imbeaud & Jean-Louis Murat, sur une musique de Léo Ferré.
- "Le choix libre que l'homme fait de soi-même s'identifie absolument avec ce qu'on appelle sa destinée." Dans cet essai qui a fait date, Jean-Paul Sartre tente de "revivre par l'intérieur au lieu de n'en considérer que les dehors ce que fut l'expérience de Baudelaire prototype quasi-légendaire du poète maudit".
jeudi 23 juillet 2026
RIMBAUD EN ABYSSINIE d'Alain Borer, paru en 1984.- Illustration musicale : "Aba Geragn Mote" d' Alemu Aga (Ethiopie).
- Le 13 décembre 1880, à 27 ans, Arthur Rimbaud arrive à Harar, aux confins désertiques de l'Est éthiopiens, pays qui était alors nommé Abyssinie. 97 ans plus tard, un jeune écrivain français écrivain français, Alain Borer, sillonne le pays, interroge partout les gens, pousse même, sur les traces d'Arthur Rimbaud, jusqu'en Egypte... Alain Borer rapportera de ce voyage un livre inclassable...
mardi 21 juillet 2026
Howard P. LOVECRAFT : Les Autres Dieux et autres nouvelles, publié en 1995 . - Illustration musicale : "The White Ship" de H.P. Lovecraft.
Ce sont des récits qui ne cherchent pas seulement à raconter une histoire, mais à provoquer une sensation presque métaphysique d'écrasement face à l'inconnu. Les Autres Dieux de Lovecraft appartient pleinement à cette catégorie. Nouvelle courte, presque austère dans sa construction, elle contient pourtant en quelques pages l'essence même de ce que l'auteur américain a produit de plus fascinant : cette idée terrifiante que le monde visible n'est qu'une mince surface sous laquelle sommeillent des forces infiniment anciennes, étrangères et indifférentes à l'humanité. Petit recueil typique du “cycle du rêve” de Lovecraft qui rassemblant plusieurs textes écrits entre 1919 et 1934. Il mélange onirisme, mythologie imaginaire, atmosphère inquiétante et quelques incursions dans l’horreur plus directe. Le sommaire exact (édition Librio, trad. Paule Pérez) est : Herbert West, réanimateur (1922) — feuilleton macabre, gore, très différent du Lovecraft habituel. - Les Chats d’Ulthar (1920) — conte cruel et mythique, très court, devenu culte. - Les Autres Dieux (1933) — récit du cycle du rêve, où Barzai le Sage tente d’atteindre les dieux… et découvre qu’il existe des puissances plus anciennes encore.- L’Étrange maison haute dans la brume (1931) — exploration mystique d’une demeure perchée au-dessus du monde. - Celephaïs (1934) — l’un des plus beaux récits oniriques de Lovecraft, sur la fuite dans le rêve. - La Malédiction de Sarnath (1919) — parabole sombre sur la destruction d’une cité orgueilleuse. - La Tombe (1922) — histoire gothique d’identification morbide.- Prisonnier des pharaons (1924) — aventure horrifique en Égypte, écrite pour Houdini. ce recueil montre deux visages de Lovecraft : Le Lovecraft “classique” : atmosphère, angoisse diffuse, mythes anciens, cités fabuleuses, dieux indifférents mais aussi un Lovecraft plus direct : “Herbert West” est gore, feuilletonesque, presque humoristique — Lovecraft lui-même n’aimait pas cette nouvelle, mais elle est devenue culte grâce au film Re-Animator. On y retrouve : les dieux du rêve (Nath-Horth, les Autres Dieux, les Grands Anciens en arrière-plan), les cités mythiques (Celephaïs, Sarnath), les frontières entre rêve et réalité, la petitesse de l’homme face à des puissances immémoriales ce recueil est intéressant car c’est une excellente porte d’entrée dans le cycle du rêve d'H.P. Lovecraft, )l montre la variété de Lovecraft : du conte, du fantastique, de l’horreur, de l’aventureIl contient plusieurs textes fondateurs de son imaginaire (Ulthar, Celephaïs, Sarnath). Court, accessible, ce recueil propose une vision plus poétique que ses récits cosmiques comme L’Appel de Cthulhu.- Christian-Edziré Déquesnes.
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