samedi 1 août 2026

RIMBAUD par lui-même d'Yves Bonnefoy, paru en 1961. Illustration musicale : "First Evening" d'Arthur Rimbaud par Hector & John Cale.

Rimbaud par lui-même (Seuil, 1961) est le premier grand livre où Yves Bonnefoy construit un portrait intérieur de Rimbaud, mêlant biographie, analyse poétique et réflexion l'être. C’est l’acte fondateur de tout son « parcours rimbaldien » ultérieur. Bonnefoy y assemble ; une biographie, des poèmes, des photographies, documents, manuscrits, et surtout une interprétation existentielle de Rimbaud. Ce n’est pas une étude universitaire : c’est un essai de poète sur un poète, où Bonnefoy cherche la « vérité d’existence » derrière les textes. Bonnefoy voit en Rimbaud son maître, plus encore que Baudelaire. Bonnefoy insiste sur l’acharnement du jeune poète à « extraire le vrai des choses », à refuser les illusions, les esthétiques faciles, les conventions du milieu littéraire parisien. Pour Bonnefoy, Rimbaud n’est pas un « texte » à analyser, mais une expérience de présence, un effort pour toucher la réalité dans son immédiateté. Il refuse toute réduction formaliste ou structuraliste de la poésie. La lettre du voyant, Bonnefoy lit la lettre à Demeny comme un manifeste : la poésie est un accès à nos vrais besoins, une manière d’assumer la finitude et d’ouvrir un rapport plus immédiat aux autres. Bonnefoy montre comment Rimbaud détruit les cadres idéologiques du langage poétique de son temps — ce qui explique la force intacte de son œuvre aujourd’hui, à titre d'exemple, Bonnefoy voit dans Voyelles une épiphanie du chaos, un bouleversement de la perception qui ruine les anciennes figures du monde. Le poème enterre le lyrisme romantique et ouvre une voie nouvelle : « Le désordre des couleurs balaie les espérances anciennes. ». Ce livre est important car il inaugure le dialogue de toute une vie entre Bonnefoy et Rimbaud. Dans Notre besoin de Rimbaud (2009), Bonnefoy explique que ce premier livre est le point de départ d’un itinéraire critique et spirituel qui s’étend sur cinquante ans.- Christian-Edziré Déquesnes.

BAUDELAIRE par Pierre Emmanuel, paru en 1952 dans la collection "Les écrivains devant Dieu" aux éditions Desclée De Brouwer, seconde éditions en 1967 . - Illustration musicale : "Spleen" de Charles Baudelaire mis en musique et interprété par Léo Ferré.

C’est un livre dense, où l'auteur retrace la vie de Baudelaire, analyse Les Fleurs du mal et insiste sur la dimension spirituelle et métaphysique de Charles Baudelaire en explorant la contradiction fondamentale : Idéal vs Spleen et met en avant Charles Baudelaire comme un poète de la chute, de la grâce impossible, et du mal lucide. - Christian-Edziré Déquesnes.

vendredi 31 juillet 2026

LES MAINS LIBRES, dessins de Man Ray illustrés par des poèmes de Paul Eluard + dossier par Henri Scepi et lecture d'image par Juliette Berton, paru en 2013 dans la collection Folio Plus Classiques.- Illustration musicale : "The Man with the X Ray Eyes Ray" de Bauhaus.

Les Mains Libres est un recueil publié en 1937, né de la collaboration entre Man Ray* (dessins) et Paul Éluard** (poèmes). C’est l’une des œuvres les plus emblématiques du surréalisme, précisément parce qu’elle fait dialoguer texte et image de manière totalement libre et expérimentale. Ce que l’œuvre est Un livre à quatre mains, où Man Ray réalise une série de dessins, auxquels Paul Éluard répond par des poèmes. Une fusion des arts : les images ne « illustrent » pas les poèmes, et les poèmes ne « décrivent » pas les images. Ils se répondent, se contredisent parfois, s’ouvrent l’un à l’autre. Une œuvre qui revendique la liberté créatrice, d’où le titre Les Mains Libres. C’est un dialogue, un jeu d’échos, de contrastes, de rêves et d’associations imprévues. Le recueil se lit comme une errance poétique : chaque dessin ouvre une porte, chaque poème en ouvre une autre, et le lecteur circule entre les deux sans logique imposée. - Christian-Edziré Déquesnes.- *Man Ray (1890–1976) est l’une des figures majeures du dadaïsme puis du surréalisme, célèbre pour ses photographies expérimentales, ses objets détournés et son rôle central dans l’avant‑garde parisienne. Né Emmanuel Radnitzky à Philadelphie, il devient Man Ray après que sa famille a changé son nom en 1912 pour éviter l’antisémitisme*. - ** Paul Éluard (né Eugène Émile Paul Grindel, 14 décembre 1895 – 18 novembre 1952) est l’un des poètes français majeurs du XXᵉ siècle, cofondateur du surréalisme et figure emblématique de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.

mercredi 29 juillet 2026

LE MYSTERE MAGRITTE, paru en 2004 . - Illustration musicale : "Rene Magritte Song" d'Anthony D Padgett.

Une incursion dans l’univers de René Magritte qui souligne la dimension novatrice et énigmatique de son oeuvre, le sens de sa démarche et son apport au surréalisme. L'ouvrage permet de mieux comprendre les sources d’inspiration de l’artiste, sa façon de travailler, ses préoccupations personnelles et artistiques, son regard sur le monde. Le parcours est facilité par une succession de sujets, présentés en doubles pages, touchant à la vision et à l’oeuvre de l’artiste. Stimulant par ses observations et ses questions, le texte, écrit fort simplement, est organisé en courts paragraphes. Une place prépondérante est accordée à l’iconographie de l’ouvrage, constituée de reproductions de qualité ainsi que de photos d’archives. Un résumé biographique complète l'ouvrage. - Christian-Edziré Déquesnes.

lundi 27 juillet 2026

TROIS JOURS MEURENT... ...LAISSE TOMER, à Kurt Cobain, de Christine Dainville . - Illustration musicale : "Rape Me" (2002) de Nirvana.

Trois jours meurent. / Nul ne sait./ Sauf toi, Amour./// Tu mentiras. / Comme toujours, / Amour. / Trois jours de crachin gras, / De chagrin las. / Amour moisi. / Seul avec la bleue / Et mon fusil, / Dans cet appentis gris. /// Mille vains combats. / Masques traîtres. / Ambivalence. / Des millions de galettes. / Adulation. /// Mais toi, Amour, / Ambition ou trahison ? /// Tu dis qu’un sang de flétan / Court dans mes veines trouées. /Les poissons ne sentent rien, / C’est bien connu. /// Munich début mars, puis Rome. / Overdose. Saturation. / Laisse tomber. /// Dis-moi Amour, Cette lettre froissée, / Abandonnée sur le sol. /// Illusion ? /// À Boddah, imaginaire. / Des mots tracés, / D’une main déchue. / La mienne ? /Chimère tardive, décalée. / Écrire pour mentir à Boddah / Mon miroir, mon ennui, mon dépit. / L’affronter sans me disloquer. /// Fracture de l’âme. /// L’angoisse glisse en moi et se noie. / Je coule, le temps coule autant. / Embraser l’allumette humide sous la peau. / Ce bout de soufre qui souffre mal ou mieux. /// J’enlace ma belle bleue./ Bride son cou mince. / Touche son ventre lisse. /// Cordes rauques. / Cordes sensibles. / Cordes pincées, doigts précis. / Cordes frottées, caresses coulées. / Accords interdits, incisifs. / À corps offert, à corps perdu, / Accord enfui, à cœur ouvert. /// Elle s’emballe, chauffe, hurle / Son désir, mon plaisir, un rire fou. / Je l’effleure. / Elle frémit, pétille, crépite à l’envi. Brûle à l’envers. Enfer et contre moi. / Contre addiction. /// Tessiture aiguë d’un glissando agressif,/ L’annulaire bagué de métal noir. /// Le son mauve. / Instable. / Ivre. /// L’âme du monde / Gicle d’un bend acide. / Jus sombre et toxique. / Extase brutale. / Un coup part. / Détruit l’espace. / Le fusil. / C’est toi Amour ? /// Ma belle bleue tombe, / Une Fender Mustang. / Morte. / Moi aussi. /// Pourquoi la porte est-elle fermée ? / De l’extérieur ? / Qui a la clef ? / Amour ? /// Laisse tomber. - de Christine Dainville.

RIMBAUD d'Yves Bonnefoy, paru en 1961 aux Editionx du Seuil . - Illustration musicale : "Adieu" d'Arthur Rimbaud, mis en musique et chanté par Léo Ferré.