jeudi 24 septembre 2026

'RIMBAUD, LE VOYOU' de Benjamin Fondane, paru en 1933 . - Illustration musicale : 'Rimbaud' de John Zorn.

'Rimbaud, le voyou' est l’un des textes les plus décisifs et les plus singuliers jamais écrits sur Arthur Rimbaud. C’est un essai polémique, existentiel, profondément engagé, publié en 1933, où Benjamin Fondane s’attaque frontalement aux lectures dominantes de son époque — surréalistes, catholiques, universitaires — pour restituer à Arthur Rimbaud toute sa dimension tragique, vivante, irréductible. L'idée central est qu'Arthur Rimnbaud n'est pas un 'voyant' au sens mystique ou avant-gardiste, mais un voyou, c’est‑à‑dire quelqu’un qui tente d’atteindre l’Inconnu par un coup de force, un geste existentiel risqué, sans garantie, sans système. Benjamin Fondane refuse toutes les récupérations idéologiques : celles des surréalistes ( André Breton, Cassou), qui veulent faire de Rimbaud un précurseur politique ou révolutionnaire ; celles des catholiques (Paul Claudel, Rolland de Renéville), qui veulent en faire un mystique ; celles des critiques symbolistes ou universitaires, qui le réduisent à une figure littéraire figée, à un parnassien. Pour Benjamin Fondane, Arhur Rimbaud est un homme tragique, un être en crise, engagé dans une quête existentielle radicale, marquée par l’échec, la rupture, la fuite, le refus des systèmes. Le mot voyou est volontairement provocateur, Benjamin Fondane veut briser le mythe du 'voyant' tel qu’il a été construit de par les Lettres du Voyant récupérées par les avant-gardes qui édulcorent fortement la dimension séditieuse du 'voyant' selon Arthur Rimbaud ; pour Benjamin Fondane, Arthur Rimbaud triche, use d'un stratagéme, en prétendant saisir l’Inconnu par une méthode poétique, même si de par cela il force la porte du réel, qu'il tente un passage violent, non pas pour être un prophète mais juste un homme libre qui risque sa vie, la met en jeu, dans l’expérience poétique pour y vivre et signifier qu'il est le 'voyant' qui désobéit, le 'voyou' qui refuse les lois du monde comme celles de la littérature. Benjamin Fondane a été profondément influencé par Léon Chestov, philosophe du tragique, de l’irrationnel, de la lutte contre les systèmes. Dans Le Voyou, il annonce Arthur Rimbaud comme un homme confronté à l’absurde, un être en révolte contre la pauvreté, un sujet qui refuse les consolations de la raison ou de la religion ; cette lecture fait de Rimbaud un pré‑existentialiste, bien avant Jean-Paul Sartre ou Albert Camus. Le livre de Benjamin Fondane est un mélange de critique littéraire, de philosophie, de polémique et de méditation personnelle ; l'auteur y analyse, les Lettres du Voyant, Une Saison en enfer, les Illuminations, la biographie rimbaldienne, les interprétations contemporaines et il ajoute des chapitres inédits, des notes qui approfondissent la dimension métaphysique de l’œuvre. Ce livre est unique car il refuse les mythologies : Rimbaud n’est ni un saint, ni un révolutionnaire, ni un génie romantique. Cet ouvrage restitue la violence de l’expérience poétique d'Arthur Rimbaud qui n’écrit pas pour faire œuvre : il écrit pour vivre. Il met en lumière l’échec comme dimension essentielle, L’abandon de la poésie n’est pas une trahison, elle est la conséquence logique de la quête. Ce livre, c'est l'ouverture d'une voie critique nouvelle, de l'oeuvre d'Arthur Rimbaud que Benjamin Fondane lit comme un homme réel, non comme une icône, en s’opposant à toute récupération doctrinale. Le texte est un acte de résistance intellectuelle.'Rimbaud le voyou' est un outil précieux pour penser, la modernité négative, la crise du sujet, 'la dimension existentielle de 'Adieu' dans 'Une saison en Enfer, la rupture entre vie et œuvre d'Arthur Rimbaud, la poésie comme expérience limite. Benjamin Fondane est l’un des rares à vouloir comprendre, et nous présenter, Arthur Rimbaud, sans le réduire, sans le sanctifier, sans le politiser.- Christian-Edziré Déquesnes.
- Benjamin Fondane (1898–1944) est l’une des figures les plus singulières de la modernité poétique et philosophique du XXᵉ siècle. Poète, essayiste, dramaturge, cinéaste, critique, penseur de l’existentiel tragique — il traverse tous les grands courants de son temps sans jamais s’y soumettre. Né Benjamin Wechsler à Iași, en Roumanie, dans une famille juive intellectuelle durant sa jeunesse roumaine, il est poète symboliste, critique, animateur de l’avant‑garde (avec Janco, Maxy, Voronca). Il Arrive à Paris en 1923, devient Benjamin Fondane, s’intègre aux milieux surréalistes mais refuse leur dogmatisme politique. Il fait sa rencontre avec Léon Chestov est décisive, Chestov est un philosophe du tragique, qui oriente toute la pensée de Benjamin Fondane qui est arrêté en 1944, déporté à Auschwitz‑Birkenau, assassiné dans une chambre à gaz. Benjamin Fondane a écrit une poésie de l’exil, du gouffre, de la révolte contre les systèmes : Œuvres majeures, Ulysse (1933), Titanic (1937), Le Mal des fantômes (posthume) ; Sa poésie privilégie l’image brute, existentielle, loin des métaphores romantiques. Disciple de Chestov, Benjamin Fondane développe une philosophie du tragique, hostile aux systèmes et au rationalisme : Textes essentiels, La Conscience malheureuse (1936), Faux traité d’esthétique (1938), Baudelaire et l’expérience du gouffre (1941–42, inachevé). Il polémique avec Bergson, Heidegger, Kierkegaard, défendant une pensée existentielle radicale centrée sur l’homme en détresse. Pour le cinéma, il est scénariste et réalisateur : Rapt (1933), film expérimental avec Dimitri Kirsanov, Tararira (1936), tourné en Argentine ; Il est l’un des premiers théoriciens du cinéma poétique. Benjamin Fondane est un existentialiste avant l’existentialisme, il est plus radical que Jean-Paul Sartre, plus tragique qu'Albert Camus ; c'est un poète du gouffre : la poésie comme expérience vitale, non comme forme ; c'est un penseur de l’irrationnel : contre la raison abstraite, il défend l’homme réel, vulnérable. Un témoin de la catastrophe européenne, des destruction à venit que son œuvre annonce la destruction à venir. - Christian-Edziré Déquesnes.

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