dimanche 26 juillet 2026
ANTONIN ARTAUD : "Le moine (de Lewis), paru en 1994 dans la collection "folio poche" des éditions Gallimard . - Illustration musicale : "Mr L'abbé" de Michel Polnareff.
Antonin Artaud s’est emparé du Moine de Matthew Gregory Lewis comme d’un matériau idéal pour son esthétique de la cruauté. L’essentiel à retenir : en 1931, Artaud publie une réécriture radicale du roman gothique, intitulée Le Moine, de Lewis, raconté par Antonin Artaud, où il transforme profondément l’œuvre pour en exacerber la violence, la folie et la dimension visionnaire. Artaud voit dans le roman de Lewis (1796) un chef‑d’œuvre de transgression : tentation, magie noire, visions infernales, déchéance morale. Il admire ce qu’il appelle la « sorcellerie verbale » de Lewis, cette manière de faire du surnaturel une réalité palpable. Mais Artaud ne se contente pas d’adapter : il supprime des chapitres, en réécrit d’autres, insuffle sa propre mythologie, et pousse la violence et l’atrocité « au maximal degré ». Son Moine devient une œuvre autonome, une sorte de roman‑cri, où la décomposition psychique, le sacré, la sexualité et la terreur se mêlent dans une intensité proche de ses manifestes du Théâtre de la cruauté. Artaud rêvait d’adapter Le Moine au cinéma et d’y jouer le moine Ambrosio lui‑même. Ce projet ne verra jamais le jour, mais il témoigne de l’importance du texte dans son imaginaire : fascination pour la chute d’un homme supposé vertueux, exploration de la possession, recherche d’un langage scénique ou filmique capable de frapper le spectateur comme un choc. Le Moine est le seul travail romanesque long d’Artaud. Il y expérimente une écriture qui n’est plus seulement théorique (comme dans Le Théâtre et son double), mais narrative, hallucinée, viscérale. C’est oeuvre pièce essentielle pour comprendre : son rapport au sacré, son obsession de la corruption du corps, sa vision d’un art qui doit « déchirer » la réalité. Parce qu’elle montre Artaud en lecteur démiurge, transformant un roman gothique en une expérience limite. Elle éclaire aussi la filiation entre Lewis, Artaud, le surréalisme et le cinéma de Buñuel, de Kyrou et de Moll.
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